Il n’y a encore pas si longtemps, Microsoft régnait d’une main de fer sur le monde. Mais tout ça, c’était avant le drame. John Naughton, chroniqueur à l’Observer, nous donne sa vision des faits, ou comment la bureaucratie en est venue à étouffer la créativité substantielle de l’entreprise.

À la question « qu’est-il arrivé à Microsoft ?« , somme toute peu posée, nombreux sont ceux qui souligneront le manque de légitimité de cette interrogation. Car la multinationale fondée par Bill Gates et Paul Allen en 1975 est toujours là, c’est vrai.

 

Elle vaut 250 milliards de dollars, emploie plus de 94 000 personnes dans le monde et réalise des profits gigantesques (malgré, c’est aussi vrai, une perte au dernier trimestre, la première de son histoire, due au fiasco aQuantive, une entreprise de marketing digital). Et Microsoft, c’est tout de même la suprématie sur le marché des systèmes d’exploitation PC, et Office, et la Xbox. Résultats des comptes : des revenus nets avoisinants les 74 milliards de dollars en 2012.

 

Un parcours semé de quelques ratés

Microsoft, c’est aussi quelques petits détours vers le côté obscur. Son moteur de recherche au nom si malicieux, « Bing« , peine à se faire une place à côté du géant Google. Les tentatives répétées de l’entreprise pour percer sur le marché des smartphones se sont toutes soldées par des échecs – son nouveau partenariat avec Nokia n’y a rien changé.

 

Citons également les efforts vains de Microsoft pour pénétrer le monde de la musique, avec Zune, lecteur multimédia qui n’a pas particulièrement marqué son époque. Niveau tablette, Microsoft essaye avec difficulté de concurrencer Apple avec Surface. Quant à leur percée dans le réseautage social, elle se résume à une modeste participation de l’entreprise à Facebook. Plutôt mince.

Check-up de l’entreprise

Mais lorsque vous mettez côte à côte tous ces échecs (certes de taille) avec toutes les réussites de l’entreprise, vous n’éviterez pas la conclusion suivante : Microsoft se porte bien. Qui plus est, ses produits sont si étroitement liés aux systèmes informatiques des gouvernements et des entreprises du globe (exemple d’outre-Manche : la NHS, ou Sécurité Sociale britannique, et le gouvernement anglais comptent pas moins de 75 000 machines Microsoft dans leurs départements) que Microsoft s’avère indéniablement, pour reprendre une formule anglo-saxonne, « too big to fail » (comprenez « trop puissante pour se ramasser »).

 

Seulement, certains chiffres rapportés par John Naughton ont de quoi laisser coi, comme celui-ci par exemple : l’iPhone d’Apple génère aujourd’hui plus de revenus que l’ensemble des produits de Microsoft. Au cours du premier trimestre 2012, l’iPhone a engrangé 22,7 milliards de dollars. Sur la même période, Microsoft, avec tout ce que l’entreprise a vendu, a récolté 5,3 milliards de dollars de moins. Conclusion : un seul produit Apple, qui n’existait même pas il y a cinq ans, souille à lui tout seul une multinationale vieille de 37 ans.

 

Ce que l’on doit retenir de la lutte Apple VS Microsoft

Certains esprits critiques verront dans cette comparaison beaucoup de malhonnêteté : les smartphones ne sont pas des systèmes d’exploitation de bureau, on ne peut pas réaliser d’opérations complexes telles que celles nécessitées par les gouvernements sur des iPhones, etc. Ces arguments ne manquent pas de légitimité. Mais voilà, cette réalité nous apporte deux enseignements essentiels.

 

La première porte sur le caractère ô combien rapide du changement dans le secteur de la technologie. La leçon ne réside pas dans le fait que l’iPhone (et l’iPad) est venu de nulle part et a exploité un marché que personne, y compris Microsoft, ne prenait au sérieux. Elle réside bel et bien dans ce que tout cela s’est déroulé en moins de 5 ans. Conséquence : une entreprise, Apple, presque marginale il y a 15 ans, se retrouve au rang de multinationale surpuissante, avec une capitalisation boursière actuelle de 590 milliards de dollars.

 

Le deuxième enseignement porte sur la difficulté pour les entreprises dominantes à rester en haut de l’affiche dans un environnement aussi changeant que celui-là. Microsoft était autrefois connu, rappelez-vous, pour son intelligence, son agilité, son goût de l’innovation, sa compétitivité et son agressivité. Aujourd’hui, ses seuls vestiges sont une grosse réserve de trésorerie et un président charismatique, Steve Ballmer.

Comment expliquer une telle baisse de régime ?

Au regard de ces divers éléments, la question posée par John Naughton est la suivante : comment Microsoft est-il passé du statut de machine de guerre absolue pilotée par Bill Gates et Paul Allen à celui de géant endormi ? Sa réponse (témoignages d’anciens employés à l’appui) : une succession d’occasions manquées, de potentielles innovations négligées et des gens talentueux démotivés par une philosophie d’entreprise qui n’est plus ce qu’elle était.

 

La conclusion du chronique de l’Observer tient en un paragraphe. Dans la phase de démarrage d’une entreprise de haute technologie, les gens sont motivés, collaboratifs, innovants car une introduction réussie de leur entreprise en bourse est synonyme de jackpot pécuniaire. Mais une fois que le cours de l’action baisse et que l’entreprise, elle, s’agrandit, les stock-options perdent de leur valeur et le seul moyen de perdurer est de jouer à des jeux de gestion et de politique organisationnelle. Ainsi donc, la bureaucratisation vole la vedette à l’innovation, et celle-ci se voit reléguée au stade de second rôle, jusqu’au point extrême où absolument tout est conçu et calibré par les grands manitous de la boîte.

 

L’histoire de Microsoft, en gros.

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